L’abolition de l’esclavage : sept dates, sept histoires

livre Lalibete ka vini édition créole et française des décrets d'abolition de l'esclavage – scitep

Cette année, nous fêtons le 170e anniversaire de l’abolition de l’esclavage. Mais à quelle date faut-il célébrer ce grand événement ? Les dates se multiplient, le doute s’installe, nous vous éclairons sur ce sujet.

Le 27 avril 1848, la Commission pour l’abolition immédiate de l’esclavage, dirigée par Victor Schœlcher, signe les 12 décrets d’abolition de l’esclavage. Cependant, les textes prévoient un délai de 2 mois avant l’annonce officielle dans les colonies (assurant ainsi la récolte de canne à sucre). Mais rien ne se passe comme prévu. 

Le 22 mai 1848, les esclaves martiniquais ont vent de cette décision et, incapable de porter leurs chaînes plus longtemps, ils se révoltent. Face à ce soulèvement massif, le gouverneur décide de ne pas attendre l’arrivée officielle des décrets et déclare l’abolition de l’esclavage sans plus attendre, libérant ainsi près de 75 000 hommes et femmes.

L’histoire est similaire en Guadeloupe, mais les esclaves devront attendre une semaine de plus pour que le gouverneur cède, le 27 mai, soit un mois après la signature des décrets. Ce jour-là, 87 000 esclaves sont affranchis. Indépendamment de ces soulèvements, le 27 mai renvoie également au début de la construction du Mémorial ACTe, symbole de l’abolition de l’esclavage.

La Guyane fête l’abolition le 10 juin, date à laquelle elle a été promulguée. Pourtant, les décrets ne seront appliqué qu’un mois plus tard, le 10 août.

À La Réunion, la liberté se fait attendre : les colons sont de mauvaise foi et prétendent ne pas avoir reçu les décrets officiels. Aussi les 62 000 esclaves réunionnais doivent-ils serrer les dents jusqu’au 20 décembre

Mayotte fête l’abolition le 27 avril, date de signature des décrets. Pourtant, ce n’est pas en souvenir de la Commission de Schœlcher que cette date a été retenue, mais parce que deux ans plus tôt, en 1846, le baron Mackau abolissait l’esclavage à Mayotte, faisant ainsi de l’île un laboratoire expérimental de la libération des esclaves.

Pourquoi fêter l’abolition de l’esclavage le 10 mai en France dans ce cas ? Cette date renvoie à la lecture au Sénat de la loi Taubira (2001), qui reconnaît la traite et l’esclavage comme un crime contre l’humanité. Le 10 mai devient donc la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition.

Voir le livre :

Lalibétè ka vini, Décrets d’abolition de l’esclavage | Dékré labolisyon lesklavaj, 27 avril 1848, Rodolf Étienne