Conférence-débat à la Maison de l’Amérique Latine | Lalibétè ka vini, les enjeux d’une traduction

Le 29 mai à 19h00, l’Institut du Tout Monde présentait Lalibétè ka vini !, la traduction aux éditions Scitep par Rodolf Étienne des Décrets d’abolition de l’esclavage du 27 avril 1848 (français-créole). La rencontre animée par Loïc Céry et accueillie par la Maison de l’Amérique Latine à Paris réunissait sous deux universitaires de renom : Myriam Cottias, directrice du Centre International de Recherches sur les Esclavages, et Corinne Mencé-Caster, linguiste et traductologue à la Sorbonne. La comédienne Mariann Mathéus qui nous honorait de sa présence, a illustré le débat par des lectures d’extraits de l’ouvrage avec le talent que nous lui connaissons.

Lalibétè ka vini ! est la première traduction en créole des décrets d’abolition.
Corinne Mencé-Caster salue la démarche historique et mémorielle qui popularise un document historique fondamental dans l’histoire des Antilles. Celui-ci légitime par la même occasion le créole en montrant sa richesse. Intimement lié à l’esclavage puisque c’était la langue des « esclavisés » – terme que Myriam Cottias utilise plus volontiers que celui d’« esclave » –, le créole, renforce ainsi son identité. L’historienne replace dans son contexte la déclaration de l’abolition de l’esclavage, et souligne les moments importants de cette année 1848 : écrits en français, mais lus en créole, les décrets pensent une nouvelle société du début à la fin et font des anciens esclaves de nouveaux citoyens, avec des droits mais aussi avec des devoirs.
Le parti-pris du traducteur est la francisation systématique des termes absents du patrimoine créole, notamment ceux de la sphère juridique. Selon Corinne Mencé-Caster, ce procédé d’emprunt renforce d’une certaine manière la dépendance du créole par rapport à l’ancienne langue des colons. D’un certain point de vue, cette méthode peut se révéler nécessaire pour la popularisation du document historique dans la mesure où les créolophones contemporains sont avant tout francophones. La traductologue souligne néanmoins que la démarche consistant à interroger les fondamentaux du créole pour créer un lexique qui lui soit propre mériterait que l’on s’y intéresse.

Le débat s’est achevé sur les échanges avec la salle, toujours animés quand on aborde ce sujet toujours aussi brûlant 170 ans après…

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