Le risque cyclonique dans la Caraïbe

Vue satellitaire du cyclone Dean.

Le danger que représente un cyclone est le résultat de la conjonction de trois facteurs : l’aléa, qui est l’événement déclencheur imprévisible, la vulnérabilité, qui dépend de la capacité à résister … Lire la suite…

Le danger que représente un cyclone est le résultat de la conjonction de trois facteurs : l’aléa, qui est l’événement déclencheur imprévisible, la vulnérabilité, qui dépend de la capacité à résister des zones et des éléments exposés et les enjeux, qui représentent la mesure de ce que l’on risque de perdre.

Le danger des cyclones

L’aléa cyclonique

On ne peut ni influencer, ni détruire les cyclones : les énergies mises en jeu en un quart d’heure sont de l’ordre de cinq à quinze fois l’explosion de la bombe qui a détruit Hiroshima. C’est dire à quel point nous sommes impuissants face à eux.

La vulnérabilité

Dans les petites Antilles, la vulnérabilité dépend de la géographie et de la topographie, de la concentration de population, du niveau d’aménagement des territoires et de l’orientation stratégique de certaines politiques. Une île au relief prononcé et très découpé, avec des rivières torrentielles, sera plus vulnérable face aux fortes pluies d’un cyclone (Sainte-Lucie et l’ouragan Tomas en 2010) qu’une île non volcanique et plate sans rivière (Barbade). Certaines, sans relief, présentent des secteurs habités en forme de cuvette qui peuvent s’inonder dangereusement (Anguilla, Antigua). La topographie du littoral et la bathymétrie sont aussi à prendre en compte dans la vulnérabilité, si l’on considère le danger de submersion dû à la houle et à la marée de tempête.

Les enjeux

Les enjeux dépendent souvent de la densité de population et de la présence de sites stratégiques. L’enjeu est important là où la population est importante, de façon permanente (villes capitales, sites touristiques fréquentés…) ou de façon événementielle (grandes manifestations sportives ou de loisir concentrant plusieurs milliers de fans, vastes sites de camping aménagés de façon précaire pendant les grandes vacances, etc.). Il est aussi important si les sites stratégiques sont menacés (port ou aéroport, raffinerie, centrale thermique, etc.) d’autant que, s’ils sont touchés, les dégâts voire les victimes peuvent augmenter de façon exponentielle.

Mesurer le risque cyclonique

La probabilité d’un cyclone n’est pas la même partout

La mesure du risque est liée à la probabilité du danger. Si les îles des petites Antilles sont toutes exposées au risque, la probabilité du passage d’un cyclone est très différente selon le territoire concerné. Très faible – voire nulle – à l’extrême sud, sur Trinidad et Tobago, elle augmente au fur et à mesure que l’on remonte vers le nord de l’arc antillais. Le risque d’atterrissage d’un ouragan à la Barbade ou à Grenade est plus faible – même si Ivan en 2004 et Emily en 2005 ont fait beaucoup de dégâts – qu’à Antigua ou Saint-Martin. En revanche, pour ce qui est des dépressions et des tempêtes tropicales, la probabilité n’est plus négligeable.

Connaître l’aléa naturel n’est donc pas suffisant pour connaître le risque associé. Certaines régions sont très vulnérables face à un risque naturel et d’autres sont beaucoup mieux aménagées, construites, préparées et protégées. Par ailleurs, pour un même aléa, les conséquences et l’impact peuvent être très différents et dépendre énormément de la culture du risque dans la société : l’histoire de cette petite fille qui a sauvé tout un groupe de personnes lors du tsunami de 2004 en Indonésie grâce à ce qu’elle avait retenu de ses leçons à l’école a fait le tour du monde.

Nous sommes inégaux face au risque cyclonique

Dans le cas de l’aléa « cyclone », les illustrations sont nombreuses dans la région Caraïbe. L’ouragan de catégorie 4 Gustav, avec des vents de plus de 200 km/h, a traversé Cuba du sud au nord en 2008 en ne faisant aucune victime. À l’inverse, la tempête Jeanne, qui représentait un aléa beaucoup plus faible, mais qui passe lentement au nord d’Haïti, causa la disparition de plus de 3 000 personnes en 2004 à cause de la très forte vulnérabilité de cette région face aux fortes pluies et aux crues rapides.

En 2005, l’année « record » des cyclones dans l’Atlantique Nord, Katrina, ouragan majeur atterrissant sur la Nouvelle-Orléans fit près de 2 000 victimes alors que peu de temps après, Rita, encore plus puissant que Katrina, n’en fit que cinq lors de son arrivée au Texas. Ce sont l’aménagement du territoire et le choix des politiques environnementales qui permettent d’agir sur la vulnérabilité.