Moustiques et épidémies : se protéger dans l’Hexagone

Aedes albopictus - moustique tigre - livre SCITEP

L’arrivée du moustique tigre en France hexagonale, et sa progression constante sur le territoire depuis quelques années inquiètent à juste titre les autorités sanitaires.

Vie et mort d’une épidémie

Dans les Outre-mer, le Zika a touché une population qui n’avait jusqu’ici jamais été touchée, ce qui explique le fort impact de l’épidémie. Ces personnes sont maintenant immunisées, et le nombre de personnes vulnérables s’est réduit. « C’est classique pour ce genre d’épidémie de s’essouffler au bout d’un moment, mais ce n’est que partie remise, car le virus continue de circuler de manière silencieuse. Les crises vont être cycliques comme pour la dengue et le chikungunya. On en parle beaucoup à un moment et puis après il faut un certain temps pour que le réservoir de gens qui sont sensibles au virus se reconstitue. Les personnes âgées vont décéder, les bébés qui naissent ne sont pas du tout immunisés et au bout d’une dizaine d’années, le réservoir de gens susceptibles au virus se reconstitue. Donc c’est quelque chose qui est latent dans l’environnement et qui ressurgira tôt ou tard ». 

Agir contre les épidémies

Dans l’Hexagone, on commence donc à s’intéresser à ce qui se fait en matière de prévention antivectorielle (contre les « vecteurs » de virus que sont certains insectes et an particulier les moustiques) dans les régions de la Caraïbe qui sont très en avance en la matière. « Là-bas, les populations ont toujours été exposées aux moustiques, et la prise en compte du risque est parfaitement intégrée à la vie quotidienne. La communication y est donc beaucoup plus développée qu’elle ne l’est en ce moment en France métropolitaine », constate François Simard, directeur du laboratoire Mivegec à Montpellier (Maladies infectieuses et vecteurs : écologie, génétique, évolution et contrôle) et auteur de Alerte aux moustiques, aux éditions Scitep.

En France hexagonale, les acteurs de la démoustication ont compris qu’il fallait impliquer les gens pour arriver à un résultat, mais tout reste à faire pour arriver à faire prendre conscience aux citoyens du risque et du danger. En effet, le territoire est très hétérogène, tant en matière de vécu que de pratiques. Ainsi, les habitants du sud ne réagissent pas comme ceux de Paris, ni a fortiori comme ceux du nord. Faire changer les mentalités et la perception des citoyens va demander un travail considérable de sensibilisation.

Des insecticides de moins en moins efficaces

Le principal moyen de lutter contre les moustiques lorsqu’ils sont implantés, ce sont les insecticides. Or les moustiques développent des résistances aux molécules communément utilisées. Rares sont les laboratoires qui en créent de nouvelles, car la recherche coûte très cher, et aujourd’hui, les seuls insecticides utilisés pour la santé publique proviennent de l’agriculture. Ce marché de l’agriculture, lucratif, motive davantage les investissements que la santé, peu génératrice de bénéfices. Parmi ces produits, on choisit les moins toxiques pour les applications sanitaires.

Aspersion d’insecticide par thermonébulisation (émission d’un brouillard très fin de microparticules de produits biocides). L’aspersion d’insecticides constitue une des principales stratégies d’élimination du paludisme mais aussi d’autres maladies vectorielles transmises par les insectes (Chikungunya, Dengue).

Or, un insecticide mal utilisé favorise la résistance chez les moustiques. Pour prolonger l’effet des produits qui sont encore efficaces, et afin qu’ils continuent d’avoir un impact sur les populations de moustiques, il faut laisser leur utilisation aux professionnels. « L’utilisation d’insecticides n’est pas la seule manière de lutter contre les moustiques », indique Frédéric Simard. « On parle aujourd’hui d’insectes génétiquement modifiés. C’est quelque chose qui se développe au niveau de la recherche, mais pour que cela débouche sur une méthode de lutte, il y a encore du chemin à faire ». Une méthode prometteuse, donc, mais pas encore opérationnelle.

L’autre moyen de lutte efficace contre les moustiques et les maladies qu’ils transmettent, c’est la mobilisation sociale. Cette stratégie mobilise un grand nombre de citoyens qui, conscients du danger que représentent les moustiques, éliminent les gîtes larvaires où ils se développent. Ils se reproduisent dans des eaux stagnantes, même propres, c’est donc celles-ci qu’il faut éliminer au premier chef.

Il est important que chacun soit vigilant, en vérifiant les lieux susceptibles d’accueillir des moustiques et en changeant par exemple, régulièrement l’eau des vases à fleurs.

Samuel Cincinnatus