François Simard conférence livre moustiques

Moustiques : « La France de l’Hexagone a beaucoup à apprendre de la Caraïbe »

François Simard conférence livre moustiques

Dengue, paludisme, ou encore plus récemment chikungunya et Zika, les moustiques sont responsables de nombreuses maladies. À l’instar des Outre-mer, l’histoire de la France continentale a été marquée par leur présence depuis la nuit des temps, et sa population leur a payé un tribut que l’on a tendance à oublier.

Frédéric Simard, l’un des auteurs de l’ouvrage Alerte aux moustiques ? publié aux éditions Scitep, était présent au Salon du livre. Nous l’avons rencontré à cette occasion pour parler des moustiques qui gagnent du terrain depuis plus de dix ans en France métropolitaine.

Dengue, paludisme, ou encore plus récemment chikungunya et Zika, les moustiques sont responsables de nombreuses maladies. À l’instar des Outre-mer, l’histoire de la France continentale a été marquée par leur présence depuis la nuit des temps, et sa population leur a payé un tribut que l’on a tendance à oublier.

L’histoire oubliée des moustiques en Europe

Insignifiants, mais omniprésents et redoutables, les moustiques ont de tout temps été affligés en France et en Europe, d’une réputation déplorable. Nuisants ou porteurs de maladies, ils ont toujours été un fléau pour quiconque se trouve à leur portée.
Au milieu du XVIIIe siècle, la littérature médicale revient de façon systématique sur l’insalubrité des zones marécageuses et des eaux stagnantes (marais = palus, paludis en Latin), attribuée au climat et à la qualité de l’air ambiant (mauvais air = mal’aria en Italien). En France, le comte d’Essuile évoque « ces cloaques immenses, dont l’infection répand des maladies sans nombre » . Il faut attendre la fin du XIXe siècle pour comprendre que la malaria – ou paludisme – est causée par des micro-organismes transmis à l’homme par la piqûre des moustiques .
Les fièvres palustres étaient très répandues, endémiques des régions humides et marécageuses, et ce n’est que la mise en œuvre d’une politique volontariste d’assèchement des étangs qui a permis le recul de cette maladie, jusqu’à sa totale disparition, avec le développement du territoire et de l’habitat. Les anophèles aujourd’hui présents en France continentale sont de piètres vecteurs des Plasmodium africains. Ils piquent principalement les animaux et le risque de ré-émergence du paludisme est ainsi très limité.
Dans les années soixante, quand à la faveur des congés payés les nouveaux vacanciers ont commencé à descendre de Paris en direction de l’Espagne, les habitants du Languedoc-Roussillon, flairant l’aubaine, ont entrepris de valoriser leur littoral. Les moustiques de Camargue, qui constituaient un frein de taille au développement du tourisme local, ont fait l’objet d’une élimination en règle sur toute la côte. De ce moment, plus rien ne s’opposait à la création de campings et d’activités de loisirs, jusqu’à ces dernières années, où un nouveau venu a commencé à faire parler de lui.

De nouveaux moustiques en France métropolitaine

Aujourd’hui, on compte environ soixante espèces différentes de moustiques en France métropolitaine. Certaines sont anciennes, d’autres y ont été introduites très récemment et gagnent chaque année du terrain. C’est le cas du moustique tigre, Aedes albopictus, introduit au sud par la frontière italienne en 2004. Espèce à la biologie complètement différente de celle des moustiques des marais du Languedoc-Roussillon, le moustique tigre peut véhiculer des virus comme la dengue et le chikungunya et être vecteur des maladies dont ils sont responsables.
Pour une fois, le réchauffement climatique n’y est pour rien. C’est l’explosion du commerce trans- et inter-continental qui donne à ces espèces – qui se sont adaptées à l’homme dans l’espace tropical – une opportunité d’envahir les régions tempérées.
Le moustique tigre bénéficie d’un atout supplémentaire : ses œufs sont capables de résister au froid et il peuvent ainsi passer l’hiver sans encombre dans les environnements tempérés. C’est donc essentiellement grâce à la mondialisation des échanges et à sa résistance au froid que le moustique tigre se répand dans l’Hexagone.

carte de la progression du moustique tigre en France hexagonale

« Un moustique résistant, qui fait mal, qui pique fort »

La nuisance dont est responsable le moustique tigre crée un vif intérêt, car elle peut avoir des conséquences importantes. « C’est un moustique qui fait mal, qui pique fort, qui empêche les gens de profiter de leurs journées et les touristes de profiter de leurs vacances », souligne Frédéric Simard, directeur du laboratoire Mivegec à l’IRD de Montpellier, spécialiste en France de la question. Le retentissement sociétal du signalement du moustique tigre en Europe a été immédiat. Ce que l’on avait mis plusieurs années à construire dans le domaine du tourisme pouvait être mis en danger par sa présence, car finie la tranquillité pour les vacanciers.

Zika, l’éveilleur de conscience

L’épidémie du Zika a marqué l’année 2016. Les images de bébés atteints de microcéphalie ont fait le tour du monde. Ce sont elles qui ont, en choquant, permis un début de prise de conscience de la population en France métropolitaine. « Comme souvent, malheureusement, il n’y a rien de tel qu’une bonne épidémie pour éveiller les consciences. Les conséquences du zika sont plus « pédagogiques » que celles de la dengue ne l’ont jamais été, alors que la dengue reste de loin plus dangereuse », observe Frédéric Simard.
En 2016, il n’y a pas eu de transmission autochtone du zika, c’est-à-dire de contaminations à l’intérieur du territoire, mais plus de 600 personnes ont déclaré la maladie en France métropolitaine, à leur retour d’une zone tropicale infectée. Comme il faut compter une dizaine de jours entre la piqûre du moustique et les premiers symptômes, ces personnes sont tombées malades à leur retour dans l’Hexagone. Dans ce cas le dépistage précoce est impossible.
On sait maintenant que le risque existe en métropole et il nous appartient de le maîtriser pour éviter qu’une épidémie de grande ampleur ne se déclare.

<mailto= »sam.cincinnatus@gmail.com »>Samuel Cincinnatus