La Guyane française

La Guyane, le plus américain des territoires français

Située à quelque 7 000 km de la France hexagonale et à 1 500 km environ des Antilles françaises, la Guyane française est une région du plateau amazonien, située au nord-est de l’Amérique du sud.
Vaste territoire vallonné de forme trapézoïdale, son territoire s’étend sur 86 504 km2, en pente légère vers l’océan Atlantique, qui baigne ses 300 km de côtes. Elle est couverte pour la plus grande partie par la forêt où la nature est reine, non hostile, mais indifférente et silencieuse, quasiment vide de toute présence humaine.


Sur le plan géologique le territoire, constitué de terrains granitiques, volcaniques et sédimentaires présente, après la bande littorale, un ensemble de plateaux en marche d’escalier, à l’origine de rapides appelés localement « sauts », qui entravent la navigation.
Deux fleuves, le Maroni à l’ouest, et l’Oyapoc à l’est, l’isolent des pays voisins qui sont respectivement le Surinam, ancienne Guyane hollandaise, et le Brésil. Sept fleuves et grandes rivières – Mana, Iracoubo, Sinnamary, Kourou, rivière de Cayenne, Mahury et Approuague – charrient d’énormes quantités d’eau vers la mer. S’ils permettent une pénétration facile jusqu’au premier saut, ces cours d’eau sont des obstacles importants au cheminement terrestre le long du littoral. La zone côtière, large de dix à quarante kilomètres, est une alternance de savanes, marais et prairies marécageuses appelées pripris. La côte est généralement basse, si l’on excepte quelques hauteurs remarquables à l’est (montagne d’Argent), dans l’île de Cayenne, et près de Kourou.
Les fonds, qui diminuent lentement vers le large, ne permettent pas la navigation des navires près de terre. Quelques îles, plateaux rocheux et bancs affleurent à petite distance du littoral. Ils constituent en général un danger pour la navigation, à l’exception des îles du Salut, qui forment un excellent mouillage. À l’embouchure des fleuves et des rivières, une barre rend l’accès difficile et quelquefois dangereux. Des bancs de vase se déplacent d’est en ouest sur le littoral, et environ tous les trente ans, une zone envasée succède à une autre où le littoral stable est battu par la mer.

Le climat est déterminé par les déplacements en latitude de la zone intertropicale de convergence, qui suit l’équateur thermique. Il comprend un premier semestre pluvieux, interrompu par le « petit été de mars » et un second semestre sec. Les températures moyennes sont de l’ordre de 26 °C, l’humidité est importante selon la saison. Du point de vue de la circulation atmosphérique, le territoire reçoit les alizés du sud-est ou du nord-est selon la saison, mais les cyclones y sont inconnus à cause de sa position en latitude.

La population

La population est une mosaïque d’une rare variété. Les Amérindiens – Arawaks, Caraïbes et Tupis – premiers occupants, sont présents tant sur la côte que dans la forêt. Les Français ont entrepris l’aventure coloniale dès le XVIIe siècle et les Africains, amenés par l’esclavage, ont participé à la formation d’une société créole aux caractères différents de celle des Antilles. Les esclaves qui ont pu « maronner » ont reconstitué des tribus africaines sur les rives du fleuve Maroni. Des Martiniquais sont arrivés après l’éruption de la Montagne pelée en 1902, et le bagne a introduit quelques représentants de presque tous les peuples de l’ancien empire colonial français. Quelques Indonésiens sont venus de Guyane hollandaise, auxquels se sont ajoutés des Chinois. Si l’arrivée des Haïtiens, Sainte-Luciens, Brésiliens et Surinamiens est plus récente, des Hmongs ont été introduits depuis l’ancienne Indochine. Pendant longtemps, les petites communautés sont demeurées isolées, mais les composantes de la société tendent à se rapprocher. La population, qui augmente pour approcher les 240 000 habitants, est longtemps demeurée très faible. Au début du XXe siècle, elle était d’environ 30 000 habitants, ce qui n’a pas autorisé un grand développement, faute d’une demande locale et d’une main-d’œuvre suffisante et qualifiée.

Les ressources naturelles

La Guyane est riche de ressources importantes et variées, mais leur exploitation est délicate, et la situation sanitaire, longtemps difficile du fait des conditions favorables au développement de certaines maladies dont le paludisme, la fièvre jaune, la dengue, etc., reste précaire.
Depuis l’échec de l’expédition de Kourou, en 1763, où les milliers de migrants de la tentative de peuplement trouvèrent la mort, l’histoire de la Guyane est faite d’une succession de déconvenues… ou de demi-succès.
Certes, la forêt couvre la plus grande partie du pays, mais les essences sont dispersées et les cours d’eau, interrompus de rapides, se prêtent mal au flottage du bois, par ailleurs trop dense. L’exploitation forestière, irrégulière, est donc restée limitée même si, à certaines époques, le bois de rose et le balata ont apporté quelques ressources.
Les grandes cultures tropicales n’ont pas connu de développement notable, à l’exception de la canne à sucre. La culture de la banane n’a pas repris après la Seconde guerre mondiale, celle de l’ananas n’a jamais démarré, tandis que la pratique de l’agriculture sur brûlis est responsable de la dégradation des sols.
Les savanes sont peu propices à l’élevage, et après des débuts prometteurs, la pêche de la crevette et l’aquaculture ont régressé.
Du point de vue des ressources minières, le contraste est le même. Le sous-sol recèle de l’or, mais généralement en faible densité. La bauxite est présente mais sa teneur en alumine insuffisante fait que l’on a renoncé à l’extraire. Aujourd’hui, l’on s’intéresse aux grands fonds marins du nord est de l’Amérique du sud, au large de la Guyane, qui sont susceptibles de contenir du pétrole exploitable.

L’économie de la Guyane

La présence du bagne, maintenant lointaine, a entretenu une mauvaise image du pays, à laquelle la déportation à l’île du Diable du capitaine Dreyfus, finalement innocenté, a largement contribué. Au regard des revers du passé, certains ont parlé d’une véritable malédiction guyanaise. De fait, le bagne n’a introduit qu’une activité artificielle tout en créant une atmosphère délétère, et les nombreux métiers exercés par les bagnards sont restés longtemps des activités indignes des hommes libres.
Toutefois, après la Seconde guerre mondiale, en 1946, le statut de département a favorisé les transferts financiers depuis la métropole. La Puissance publique a, par périodes, pris des initiatives constructives. La plus importante a été l’implantation en 1964, puis le développement de l’activité spatiale, nationale, européenne, puis internationale. Enfin, les initiatives individuelles et celles des entreprises locales dans différents secteurs ne peuvent être ignorées. La Guyane possède une économie insuffisamment diversifiée et largement artificielle, mais qui s’est développée. La société, inégalitaire, a permis à une partie de ses membres d’accéder à la société de consommation, tandis que l’autre vit en dessous du seuil de pauvreté. Mais le pays reste un centre d’attraction pour les populations des pays voisins.
Pour ses relations commerciales extérieures, la Guyane est largement dépendante de ses importations, qui proviennent surtout de métropole et d’Europe. Le taux de couverture des importations par les exportations est demeuré faible. Les échanges avec les pays voisins, qui ont généralement les mêmes productions, sont limités, à l’exception notable toutefois des produits pétroliers qui proviennent de Trinidad ou de Curaçao.
Depuis le début de la colonisation, et encore aujourd’hui en presque totalité, les échanges extérieurs de marchandises sont effectués par voie maritime. La Guyane est en effet un territoire quasi insulaire, sans relations terrestres avec ses voisins. Les échanges intérieurs, quant à eux, ont emprunté la voie littorale et fluviale tant que le réseau routier n’a pas été suffisamment développé. La navigation côtière a diminué progressivement avec le développement des transports routiers jusqu’à disparaître complètement vers l’est dans les premières années de ce siècle. Quant au transport extérieur de passagers, assuré par mer pendant trois siècles, il a été capté par l’avion dès 1952.

Extrait de La desserte maritime de la Guyane française de Roger Jaffray

BlasonGuyane

Le blason de la Guyane est composé d’un champ de gueules, dans lequel on peut voir une barque remplie d’or naviguant sur un fleuve sinople chargé de trois nénuphars d’argent. Dans la partie supérieure, sur un champ d’azur, on peut voir trois fleurs de lys d’or surmontées de l’année 1643 représentant l’année de la colonisation française de la Guyane et de la fondation de Cayenne. La pirogue remplie d’or représente la richesse de la Guyane. Ce blason, qui est aussi celui de la ville de Cayenne, est l’œuvre du peintre de la Marine et des Colonies Paul Merwart, frère du gouverneur Émile Merwart. La première représentation de celui-ci sous forme de tableau a été présentée le 25 décembre 1901, lors de la première séance du Comité de Patronage du Musée de Cayenne. L’original est exposé au musée Franconie de la ville de Cayenne.